CHAPITRE 4 : ÉCRANS PARALLÈLES

Un cinéma semi-permanent au LAAC dont le programme est conçu par la critique et commissaire Pascale Cassagnau en lien avec la direction artistique.

Si La Sortie des usines Lumière à Lyon (1895) des frères Lumière et L’Homme à la caméra (1929) de Dziga Vertov incarnent les premiers films emblématiques de l’histoire du cinéma, ils constituent aussi des miroirs par lesquels le cinéma pense et représente le travail, menant leur enquête sur le terrain de la ville et du quotidien.

Contemporain de l’invention du cinéma, l’espace urbain moderne s’est constitué à la manière d’un film par collages successifs, montages, architecture de la lumière. La ville, le travail et le cinéma entretiennent de nombreux rapports croisés : des représentations aux métaphores, de l’architecture des images à la cinématique de la ville. Le cinéma en prend acte, accompagne ou anticipe les représentations des nouvelles motricités, les topographies, la place du sujet et du travail humain dans la fabrique de la ville. Établissant des carnets de villes dans l’espace filmique, les artistes contemporain.e.s s’emparent de l’architecture propre au film et de l’espace urbain, pour questionner, après Antonioni et Wenders notamment, la modernité et ses espaces publics, la singularité quelconque du sujet au travail. Entre crises économiques et prise de conscience tardive des crises écologiques, cette programmation met également l’accent sur l’incontestable responsabilité sociétale des entreprises sur l’environnement.

Conçu en partenariat avec Images de la culture du CNC, comme un cinéma permanent d’écrans parallèles à l’exposition GIGANTISME — ART & INDUSTRIE, le programme de films « Le temps du travail au risque de l’image » se propose d’explorer la diversité et la singularité des approches que les cinéastes et artistes ont menées autour du continent du travail. Les films se placent en miroir des œuvres de l’exposition pour en souligner les problématiques essentielles afférentes à la question ouvrière et à la complexité des enjeux qu’elle sous-tend à l’ère de la globalisation : changement climatique et ses différentes : caractéristiques (effet de serre, perte de biodiversité, déforestations…), surproduction, risques professionnels, précarité, pénibilité… ; tout en s’intéressant à la puissance de la représentation que portent les œuvres.

Pascale Cassagnau

PROGRAMMATION CINÉMA

Tous les jours, un film à 15h.

Nicolas Klotz, La question humaine, 2007, 2h21

Paris, de nos jours : Simon, 40 ans, travaille comme psychologue au département des ressources humaines de la SC Farb, complexe pétrochimique, filiale d’une multinationale allemande, où il est plus particulièrement chargé de la sélection du personnel.
Un jour Karl Rose, le co-directeur de la SC Farb demande à Simon de faire une enquête confidentielle sur le directeur général Mathias Jüst, de dresser un rapport sur son état mental. Ne pouvant pas se soustraire à la requête de Rose et ne voulant pas risquer de se mettre mal avec Jüst, Simon accepte du bout des lèvres, en se promettant de conduire une enquête discrète et de rendre un rapport le plus neutre possible…Mais très vite en pénétrant dans la nuit d’un homme, Simon entre dans la sienne : une nuit hantée par les fantômes et les spectres de l’Europe contemporaine.

Dates des projections : 04/05, 02/06, 29/06, 24/07, 18/08, 12/09, 08/10

Nicolas Klotz, La question humaine, 2007

Antoine Boutet – Zone of initial dilution, 2006, 30′ 

Zone of Initial Dilution s’intéresse à la transformation urbaine de la région des Trois-Gorges en Chine, bouleversée par la mise en œuvre du plus grand barrage hydraulique au monde. Cette zone initiale de dilution – terme emprunté aux ingénieurs pour définir le périmètre d’un cours d’eau pollué par des déchets qui se diluera ensuite progressivement dans le courant général – illustre la situation mise en œuvre dans cette région avec l’effacement progressif d’un mode de vie et de pratiques locales.
Avant la fin du chantier prévu en 2008, le film dresse un état des lieux des villes et des berges du Yangtze, de celles en ruines ou disparues aux autres en plein essor, et tente de cerner les conséquences sur le paysage et les populations dans la perspective planifiée de l’ultime montée des eaux.

Dates des projections 07/05, 04/06, 30/06, 25/07, 20/08, 13/09, 09/10

Antoine Boutet – Zone of initial dilution, 2006

Antoine Boutet – Sud Eau Nord Déplacer, 2014, 109′

Le Nan Shui Bei Diao – Sud Eau Nord Déplacer – est le plus gros projet de transfert d’eau au monde, entre le sud et le nord de la Chine. Sur les traces de ce chantier national, le film dresse la cartographie mouvementée d’un territoire d’ingénieur où le ciment bat les plaines, les fleuves quittent leur lit, les déserts deviennent forêts, où, peu à peu, des voix s’élèvent, réclamant justice et droit à la parole. Tandis que la matière se décompose et que les individus s’alarment, un paysage de science-fiction, contre nature, se recompose.

Dates des projections 08/05, 05/06, 02/07, 26/07, 21/08, 14/09, 10/10

Antoine Boutet – Sud Eau Nord Déplacer, 2014

Gérald Caillat – L’Empire du management, 2007, 67′

L’empire du management est un essai documentaire sur un présent vecteur d’avenir voué à une mondialisation dirigée par l’Occident. Cette mondialisation, la caméra de Gérald Caillat est allée à sa rencontre dans des villes typiques de cette évolution qui n’en est qu’à ses prémices :
– Paris, Genève, Madrid, Athènes pour l’Europe,
– New-York, Phœnix et Stanford pour les États-Unis,
– Tokyo, Pyong Yang, Dakar et Jérusalem pour les autres grandes villes sélectionnées.

Dates des projections 9/05, 06/06, 03/07, 27/07, 22/08, 15/09, 11/10

Gérald Caillat – L’Empire du management, 2007

Jean-Michel Carré – Charbons ardents, 1999, 88′

En avril 1994, épuisés par une lutte acharnée contre le gouvernement conservateur de Margareth Thatcher, les mineurs de « Tower Colliery », propriété nationale de la British Coal (au pays de Galles), votent la fermeture de leur mine comme beaucoup d’autres. Mais leurs dirigeants syndicaux refusent d’accepter cette défaite et réussissent à convaincre les mineurs de racheter « leur mine » en réinvestissant leurs indemnités de licenciement.
Depuis maintenant quatre ans, ces travailleurs sont actionnaires, employés et dirigeants de leur entreprise organisée en coopérative. Résultat : la mine n’a jamais été aussi rentable, l’absentéisme aussi faible et la sécurité si importante.
En tentant de réaliser leur rêve de socialisme et de démocratie, ces patrons d’un autre genre sont confrontés à des contradictions politiques et surtout idéologiques. Une telle réussite peut-elle rester compatible avec leur idéal ?
Ce film, plein d’espoir, retrace cette aventure exemplaire, menée par des hommes et des femmes ordinaires.

Dates des projections 10/05, 07/06, 04/07, 28/07, 23/08, 17/09, 13/10

Jean-Michel Carré – Charbons ardents, 1999

Denis Coté – Que ta joie demeure, 2014,70′

Exploration libre des énergies et des rituels trouvés sur des lieux de travail divers. D’un ouvrier à l’’autre, d’une machine à la prochaine ; de ces/05ns, ces visages, ces pauses, ces efforts, que peut-on établir comme dialogue absurde et abstrait entre l’’homme et son besoin de travailler ?

Dates des projections 11/05, 08/06, 05/07, 30/07, 24/08, 18/09, 14/10

Denis Coté – Que ta joie demeure, 2014

Dominique Dubosq – Lip 73, 1975, 61′

« Le goût du collectif » vint aux 1300 salariés de la manufacture horlogère Lip lorsqu’ils se mirent en grève au printemps 73, pour s’opposer au démantèlement de leur usine et aux restructurations imposées par le trust suisse Ebauches. Le film retrace les péripéties d’une lutte où s’est concrétisée, pendant presque un an, une expérience sans précédent d’autogestion ouvrière.

Dates des projections 12/05, 09/06, 06/07, 31/07, 25/08, 19/09, 15/10

Dominique Dubosq – Lip 73, 1975

Harun Farocki – In Comparison, 2009, 61′

« Je veux proposer un film qui apporte sa contribution au concept de travail. Qui compare le travail dans une société traditionnelle, par exemple en Afrique, dans une société en cours d’industrialisation, comme en Inde, et dans une société fortement industrialisée, en Europe ou au Japon. L’objet de la comparaison est le travail de construction des maisons d’habitation » Harun Farocki.
Fabriquées en Afrique, en Inde et en Europe, utilisées pour la construction de cliniques, d’écoles ou d’immeubles résidentiels, les briques sont moulées, cuites ou pressées à la main, ou bien produites par des machines dans des usines hautement mécanisées. La brique est la plus petite unité et le centre du film.
Zum Vergleich est un film sans commentaire. Seuls quelques intertitres (en anglais) viennent ponctuer les images. Cette volonté de limiter le discours laisse au spectateur un espace de liberté et d’observation sur les significations des images.

Dates des projections 14/05, 11/06, 7/07, 01/08, 27/08, 20/09, 16/10

Harun Farocki – In Comparison, 2009

Harun Farocki – La sortie des usines ( Arbeiter verlassen die Fabrik), 1995, 36′

Les travailleurs quittent l’usine Lumière. Le premier film de l’histoire cadre à l’image l’industrie elle-même et nous dit dans son modeste langage : « Regardez, nous pouvons enregistrer notre image en mouvement ».
Ce premier document nous donne une ébauche de ce qui, dès lors, sera rendu possible grâce au cinéma. Racontant cela, La Sortie des usines montre des séquences similaires tournées en cent années de cinéma.

Dates des projections 15/05, 12/06, 09/07, 02/08, 28/08, 21/09, 17/10

Harun Farocki – La sortie des usines ( Arbeiter verlassen die Fabrik), 1995

Jérémy Forni – Traces de luttes, une histoire du groupe Medvekine- Besançon, 2006, 59′

Juste avant les événements de 1968, de jeunes cinéastes et techniciens du cinéma, souvent parisiens, et des ouvriers forment un groupe qui, rendant hommage au cinéaste russe du « Bonheur », choisit le patronyme de Medvedkine. Ce groupe produit une série de films d’un genre nouveau sur la condition ouvrière. Nous voulons retrouver tous les protagonistes de cette aventure.

Dates des projections 16/05, 13/06, 10/07, 03/08, 29/08, 24/09, 18/10

Jérémy Forni – Traces de luttes, une histoire du groupe Medvekine- Besançon, 2006

Martin Le Chevallier – L’An 2008, 2010, 20′

L’an 2008 met en scène une série de dialogues entre des figures archétypales de la mondialisation. Consommateur français, défricheur amazonien, ouvrière chinoise… tous ces personnages s’interpellent, s’accusent des maux qu’ils subissent et s’excusent pour les dommages qu’ils provoquent. La mondialisation des échanges et des déboires est ainsi résumée dans une fable villageoise, substituant la fantaisie individuelle au drame collectif.

Dates des projections 19/05, 14/06, 11/07, 04/08, 30/08, 25/09, 19/10

Martin Le Chevallier – L’An 2008, 2010,

Chris Marker, Mario Marret – À bientôt j’espère, 1967, 40′

En mars 1967 à Besançon, une grève éclate aux établissements Rhodiaceta qui font partie d’une chaîne d’usines de textiles dépendant du trust Rhône-Poulenc. Cette grève a pris un aspect inhabituel par son refus de dissocier le plan culturel du plan social. Les revendications mises en avant ne concernaient plus seulement les salaires ou la sécurité de l’emploi,/05s le mode de vie que la société imposait, et impose toujours à la classe ouvrière. 

Dates des projections 21/05, 15/06, 12/07, 06/08, 31/08, 26/09, 20/10

Chris Marker, Mario Marret – À bientôt j’espère, 1967

Ohad Meromi – Worker ! Smoker ! Actor !, 2010-2013, 21′

Combinant des portraits d’architecture et des séquences d’animation à des prises directes réalisées pendant les workshops participatifs de « répétition de sculpture »(« Rehearsal Sculpture ») organisés par Ohad Meromi, cette vidéo suit une ouvrière dans une usine de cigarettes de son poste de travail sur la ligne de montage, au supermarché local, chez elle puis, plus tard, lorsqu’elle tombe malade, dans un centre de vacances où elle rejoint une autre sorte de ligne de production. Les pancartes qui apparaissent dans la vidéo sont des extraits des principes de la « biomécanique » de Vsevolod Meyerhold, une méthode d’entraînement de l’acteur qui imagine une utopie où la frontière entre le travail et la performance, le travail et le jeu, est éliminée.

Dates des projections 22/05, 16/06, 13/07, 07/08, 01/09, 27/09, 22/10

Ohad Meromi – Worker ! Smoker ! Actor !, 2010-2013

Delphine Moreau – Les gens du sucre, 2012, 52′

La France est la première productrice mondiale de sucre de betteraves. Chacun à leur manière, ouvriers et patrons, hommes d’usines et betteraviers, retracent le destin de ces « campagnes industrielles ». Comment ont-ils vécu le passage d’un capitalisme familial et rural à une agro-industrie mondialisée ?

Dates des projections 23/05, 18/06, 14/07, 08/08, 03/09, 28/09, 23/10

Delphine Moreau – Les gens du sucre, 2012

Jean -Loïc Portron –Eisenhüttenstadt, 1999, 29′

Eisenhüttenstadt est située aux confins du Brandebourg, à 100 kilomètres à l’Est de Berlin. La ville doit son nom au EisenhüttenKombinat Öst, la plus grande usine métallurgique d’Allemagne de l’Est. Après la guerre, on rêve de construire une cité modèle où se forgerait une société nouvelle. La première ville socialiste. Après la chute du mur de Berlin, le monde s’est retourné,/05s le paysage ne semble pas avoir bougé. En dépit des apparences, la ville n’est pas sortie indemne d’un pareil chambardement.

Dates des projections 24/05, 19/06, 16/07, 09/08, 04/09, 29/09, 24/10

Jean -Loïc Portron –Eisenhüttenstadt, 1999,

Carole Roussopoulos – Lip I, 1973, 25′

Besançon,/08 1973 : des travailleurs et des intellectuels se battent farouchement pour sauver la fabrique de montres Lip. Après l’occupation de l’usine Lip de Besançon par les forces de l’ordre, une ouvrière activiste, Monique Piton, raconte les quatre mois de lutte, la place des femmes, ce qu’elle y a appris, et critique le rôle de la télévision.

Dates des projections 25/05, 20/06, 17/07, 10/08, 05/09, 01/10, 25/10

Carole Roussopoulos – Lip I, 1973

Carole Roussopoulos – Lip V ( Christiane et Monique), 1976, 30′

En 1976, comme le titre « Libération », « Lip, c’est reparti ! » À Besançon, les ouvriers réoccupent l’usine et relancent la production de montres. Monique, devenue assistante de publicité (cf. Monique-LIP I), et Christiane, ouvrière spécialisée, témoignent de la difficulté d’être femme dans une usine en lutte, de la démocratie difficile face aux ténors de la revendication syndicale et du refus subversif de considérer le travail comme une fin en soi.

Dates des projections 26/05, 21/06, 18/07, 11/08, 06/09, 02/10, 26/10

Carole Roussopoulos – Lip V ( Christiane et Monique), 1976

Carole Roussopoulos – Profession agricultrice, 1982, 40′

Considérées comme étant sans professions alors qu’elles travaillent sans relâche, des femmes d’agriculteurs reven- diquent leur statut d’agricultrice.

Dates des projections 28/05, 25/06, 19/07, 13/08, 07/09, 03/10, 27/10

Carole Roussopoulos – Profession agricultrice, 1982

Mario Ruspoli – Les hommes de la baleine, 1958, 24′

Un documentaire d’un intérêt extraordinaire : ce film nous révèle que dans certaines îles des Açores se pratique encore de nos jours la chasse au cachalot au harpon comme au bon vieux temps de Mobi Dick.
« Un excellent commentaire de Jacopo Berenizi, assez libre pour se permettre d’instructives digressions, sans rompre le rythme propre des images… » (Éric Rohmer, in Arts, novembre 1958) Narration : Chris Marker & Gilles Queant

Dates des projections 29/05, 26/06, 20/07, 14/08, 08/09, 04/10

Mario Ruspoli – Les hommes de la baleine, 1958

Allan Sekula –The Lottery of the sea, 2006, 27’44 »

Allan Sekula, photographe et documentariste iconoclaste, présente une série de variations filmées au Pays-bas, en Espagne, en Grèce, au Japon et dans d’autres pays maritimes autours de deux de ses principales obsessions : la mondialisation et la mer. Dans cette rumination sur la mer et tant que « source primordiale de sublimité » Sekula explore une matrice de récits – mythes grecs, films américains et histoires de dockers, de marins perdus et de populations déplacées

Dates des projections 30/05, 27/06, 21/07, 16/08, 10/09, 05/10

Allan Sekula –The Lottery of the sea, 2006

Superflex –The Working Life, 2013, 9’50 »

La crise économique actuelle a laissé les marches du travail dans la tourmente. Il n’y a aucune garantie de travail même avec un diplôme d’étude supérieures ; des heures de travail plus longues sont exigées de ceux qui occupent un emploi ; les salaires sont réduits et la disponibilité est demandée à tout moment. Avec les craintes grandissantes de perdre ce lieu de travail vital, l’incertitude quant aux perspectives d’avenir se propage à travers les sociétés.

Dates des projections 01/06 et 28/06, 23/07, 17/08, 11/09, 06/10

Superflex –The Working Life, 2013, 9’50 »